Archive pour septembre 2008

Carte d’identitéS

Le prochain atelier Imagine 2015 aura lieu le vendredi 3 octobre de 9h00 à 17h00 à l’ETI, sur le campus de Beaulieu à Rennes. Il sera centré sur le thème des IDENTITES.

Pourquoi cette question est-elle devenue si importante dans la civilisation du réseau ? Parce qu’il est étrange de devoir dire qu’à un stade où nous sommes de plus en plus représentés par des données, celles de nos adresses électroniques, de nos profils, de nos cartes bancaires, ou de nos innombrables traces numériques, l’identité n’est plus un donné. Elle devient un produit de nos imaginaires, de notre volonté et de nos choix, un objet jetable et remplaçable, un artifice. Elle va jusqu’à poser un problème de mémoire : nous pouvons devenir amnésiques de nos identités. Les impacts en termes d’usages deviennent considérables.

Produits et services de ce monde ne peuvent ignorer un phénomène aussi prégnant en termes de société, d’éducation, de sécurité… et bien entendu de design, d’ergonomie, de choix techniques.

L’atelier réunira trois témoignages approfondis permettant une couverture large et pratique du sujet, ceux d’Olivier Heen (INRIA), Didier Teyssedre (Orange Labs), et Dominique Cardon (sociologue).

Conduit sur un mode interactif par Bernard Marquet, il se poursuivra par des travaux de groupe au cours desquels nous approfondirons les conséquences de ces changements sur notre culture technologique et nos choix économiques, et imaginerons les solutions d’avenir.

« Un neurone n’est pas intelligent, nous rappelait Thierry Gaudin, mais mille milliards de neurones interconnectés peuvent donner l’illusion de l’être. » Connectons les nôtres !

Inscrivez-vous auprès d’Elisabeth Prado au Pôle Images et Réseaux !

A vendredi…

PS : En savoir plus dès aujourd’hui et préparer cette séance grâce à une contribution de Dominique Cardon


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Cassandre in ad:tech

Quelques heures passées dans les couloirs d’ad:tech Londres, ces 24 et 25 septembre à l’Olympia National Hall, m’ont remis à l’esprit un débat ouvert l’an dernier par Imagine 2015.

Ad:tech c’est « The event for digital marketing ». Comprendre : on y parle principalement de publicité sur Internet. Et accessoirement de « behavioral marketing » ou « ciblage comportemental ». Et donc entre les lignes de petits cookies planqués sur mon disque dur.


Comment ça marche au juste ? Un éditeur de contenu sur Internet, par exemple un journal, une chaîne de télévision, un site communautaire…, passe un accord avec un serveur d’annonces comme 24/7 Realmedia (mais il y en a d’autres). Lorsque je fais une requête vers une page, la plus grande partie du contenu que j’affiche va provenir du serveur de l’éditeur, mais les pubs, elles, arriveront d’ailleurs, du serveur d’annonces qui centralise tout et qui va se charger de me « servir » les bannières sur lesquelles j’ai (on l’espère tous) les plus grandes chances de cliquer (frénétiquement). L’annonceur, lui, n’a pas seulement décidé d’annoncer sur tel ou tel site dans telle ou telle tranche horaire, non, il a exprimé son désir de me mettre sa proposition sous les yeux à MOI. Et tout le monde lui a répondu : « Pas de problème ».

Son agence média, la régie du site, le serveur d’annonces qui parfois fait aussi régie… tout ça compose une chaîne de valeur (sans s) très efficace surtout que, à la fin, un logiciel s’occupe de tout. En fonction du type de campagne de l’annonceur (par exemple une opération de « branding » ou une action de marketing direct), en fonction de la façon dont l’éditeur souhaite valoriser son audience (dont je fais partie), en fonction de mon comportement d’aujourd’hui, ou mieux encore, de mes comportements passés sur le site (on appelle ça le « retargeting »), le logiciel va choisir en temps réel la bannière la meilleure pour moi. Un monde parfait.

Jusqu’au jour où je finis par trouver un peu raide que tout ça se passe derrière mon dos.

Un petit sondage auprès des professionnels révèle que :

- Beaucoup pensent que je m’en fous et que ça n’arrivera jamais (que je crie : « Stop ! »),

- Certains hasardent que, malgré tout, un début de débat de société ne serait peut-être pas un luxe,

- Tous affirment respecter scrupuleusement les règles légales sur l’usage des données, qui sont « drastiques »,

- La plupart se déclarent capables d’identifier n’importe quels chauves joueurs de Go qui aiment les pulls en mohair et écoutent Alain Souchon (ah ouais, quand même…),

- Aucun ne sait trop comment ça va tourner, tant qu’on gagne on continue et on verra bien après…

Mais c’est juste un sondage. Rien de scientifique. Rien de personnel non plus même si j’aime bien Alain Souchon.

Alors que dit Cassandre ? Elle dit que Mozilla a sans doute raison. Raison, dans la version 3.0.3 de Firefox, publiée comme en réponse à nos interrogations le 26 septembre, de donner à l’internaute les moyens de contrôler facilement ses cookies site par site et de révéler au grand jour ce qui se passe derrière son dos.

Elle dit que c’est une question d’étiquette et de rapport à l’autre, et qu’on ne peut pas construire une civilisation seulement en tâtonnant et attendant que des pouvoirs s’élèvent et nous empêchent de faire n’importe quoi. Il faut peut-être aussi, un peu, vouloir aller dans un certain sens. La recherche sociologique est indissociable de la recherche technologique.



En revenant d’ad:tech, nous pensions qu’il serait bon qu’un jour une publicité donne à l’internaute trop confiant une image frappante de ce que représente à ce jour la navigation sur Internet : c’est un peu comme sortir tout nu de chez soi et marcher tranquillement dans la rue alors qu’il y a du monde aux fenêtres. Nous pensions qu’un utilitaire « Cookie reader », capable de révéler au grand jour leur contenu, serait un premier pas vers une prise de conscience. Nous pensions que la danse des technologues derrière le rideau opaque de la complexité n’allait pas durer pour toujours, et que gagneraient ceux qui sauraient les premiers rendre leurs utilisateurs informés et « intelligents ». « Aware », dirait JCVD. Mais après ce que nous venions de voir, nous pensions aussi que ce genre d’idée avait peu de chance d’être entendue, et que Cassandre aurait mieux fait de ne pas vexer Apollon après avoir reçu de lui le don de prophétie… Mozilla nous a redonné confiance.

Lors d’Imagine 2015 l’an dernier Clino Castelli avait dit :

« Ce sont des règles, une étiquette, c’est le mot le plus souple que je peux utiliser, qui peuvent nous aider à avoir une société, une condition, où la technologie peut être bien gérée et bien aménagée sans grands problèmes de fond. [...] C’est comme certains peuples qui ne veulent pas être photographiés, ils ont raison. Ils pensent que si tu prends alors tu dois payer. »

Espérons donc que Castelli n’ait pas vexé Apollon, lui, et que dans nos projets innovants, nous gardions clairement en tête l’idée de toujours mettre nos utilisateurs sur un pied d’égalité avec les inventeurs. C’est vrai, il ne faudra pas se plaindre, il y a longtemps qu’on est censé savoir…

PS: Ah oui ! à toutes fins utiles, les cookies de New Scientist sont parfaitement indolores ;) et nous recommandons notamment cet article.

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Quimper 2008 : de l’interaction à la relation

Quelle est l’idée majeure émergeant de Quimper 2008 ? La question mérite, trois mois plus tard, d’être posée aux Grands Témoins, et à chacun de ceux qui assistaient à ce séminaire. Pour ma part, j’ai retenu celle-ci, au milieu de beaucoup d’autres : un concept d’une grande puissance (et que nous connaissons en fait depuis toujours) est en train d’émerger ou de ré-émerger derrière celui qui occupe le devant de la scène depuis 20 ans : celui qui revient au premier plan c’est la relation, celui qui s’efface c’est l’interaction.

Curieusement, cette idée est mon avis la première qui est apparue dans la discussion. Nicolas Nova, qui se définit lui-même comme ergonome et chercheur en expérience utilisateur, l’a exprimée sous cette forme : « Le réseau se caractérise par une intensification des relations entre les individus. Les SMS, l’email, les blogs… toutes ces technologies entraînent des changements en termes de coordination. Auparavant, quand on voulait se rencontrer, on prenait rendez-vous à tel endroit. Maintenant, la plupart d’entre nous ne prennent même plus la peine de faire ça. On s’appelle 30 secondes avant de se retrouver, ou 10 minutes avant puis de nouveau 5 minutes avant, parce qu’on est en retard, etc. Il y a une intensification de tous ces processus de communication qui dessinent une sorte de ville en temps réel qui fonctionne par échanges incessants. »
J’étais venu à Imagine 2015 avec l’idée de creuser ce que j’appelle la triple interaction :
- L’interaction homme-machine avec ses questions de design, d’ergonomie, ses défis de conception et d’interfaces, ses enjeux de programmation (dans tous les sens de ce terme),
- L’interaction machine-machine qui dessine l’Internet des objets, l’informatique pervasive, l’intelligence et l’information éclatées partout dans l’environnement,
- Et bien entendu l’interaction de personne à personne médiatisée par les machines, les services, et les réseaux.
Celle-ci ne s’appelle plus interaction : elle se nomme relation. Et ce que je retiens d’Imagine 2015 cette année, c’est que l’interaction homme-machine doit s’effacer. Lorsqu’on perce le cœur de la machine, on trouve derrière elle une autre personne, des quantités d’autres personnes avec lesquelles on entre en relation. Il s’agit d’un petit glissement qui peut paraître banal, mais qui emporte des conséquences énormes en termes de conception des systèmes techniques.
On y revient bientôt.

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2007, Cancale

En juin 2007, à Cancale, s’est tenu le premier séminaire « Imagine 2015″ sous l’égide du Pôle de Compétitivité Images et Réseaux.

Imagine 2015 ce sont des « Grands témoins » qui échangent et confrontent leurs points de vue sur l’image et les médias dans une atmosphère créative, curieuse et studieuse à la fois. Le Pôle Images et Réseaux est en perpétuelle démarche de recherche, d’ouverture et de découverte, persuadé, selon sa présidente Christiane Schwartz, « que le double entrelacement des contenus et de la communication, mais aussi du réel et du virtuel, constitue son avenir ». C’est la raison de cette démarche collective de réflexion, d’acquisition de connaissances nouvelles, mais aussi de dépassement de ces connaissances pour aller ensemble vers de nouveaux sauts imaginaires.

Alors qui sont les Grands Témoins qui viennent offrir aux acteurs du pôle leurs regards sur l’innovation et des pistes de travail ? Et comment sont-ils choisis ?

De fait, leurs débats ont porté tour à tour sur l’émotion, l’intelligence collective, les technologies face au défi environnemental, l’éducation à l’image, la surcharge des signes esthétiques, le comportement « magique » des objets, ou l’immanence et la simplicité comme lignes directrices de toute conception « durable ». En deux jours de conversation et de rebonds, ils ont laissé derrière eux une quantité d’idées et de pistes ouvertes que nous avons recueillies dans notre tamis et qui feront pour la plupart l’objet de billets sur ce blog.

L’innovation et l’imagination ne se décrètent pas. Mais l’anticipation et l’attention aux signaux faibles peuvent devenir une attitude, d’autant plus profitable qu’elle est collective et s’échange. Le blog d’Imagine 2015 est celui d’une communauté qui ne croit pas que l’avenir appartienne à quelques décideurs, mais qu’il est notamment le produit d’une boucle d’interaction où chacun a sa part : nous projetons le futur, et le bâtissons dans le même mouvement par la simple intention que nous manifestons d’aller vers ce projet ou au contraire de le refuser.

Il est très difficile, voire impossible, d’anticiper seul les usages des technologies et la façon dont elles s’adoptent ou se rejettent ; designers, industriels, chercheurs, nous en sommes cependant responsables. La vérité émerge de l’interaction du nombre, ce blog veut en devenir le support.

En 2007 ils venaient d’horizons très divers : le cinéma, le design, la prospective, les neurosciences, et la conception par les usages. Cette hétérogénéité est au coeur de la démarche d’Imagine 2015 car elle sollicite l’écoute et la curiosité de tous, et dès lors nul ne peut prévoir où s’engagera le dialogue.

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